Collection Elan

Publié le par Editions Bérénice

Vient de paraître aux éditions Bérénice, 

un roman de Chantal PORTA,

  

SUR LA ROUTE DU LAC

 

Collection Elan, 191 p., nov. 2011, 15 

 

Un homme âgé chute lourdement sur la tête. Première alerte du début d’une maladie sans retour. Comme la vie.

Sa fille n’abandonnera pas son père à l’institution médicale ou à un mouroir. Les liens qui les unissent sont trop forts et les liens familiaux une valeur que rien ne peut détruire. Mis à part la mort.

Dans un récit simple et poignant, l’auteur nous livre un document bouleversant sur l’histoire d’une famille retracée jusqu’à la maladie imprévisible qui vient changer le cours normal de leur vie.

Mais pour Roberto, la rébellion est une arme. Il revendique le droit à une autre existence, au travers de son agressivité latente ou déclarée. Il fugue pour s’insurger contre un enfermement qui le rend fou. Lui qui ne l’est pas.

Il se bat, chaque jour, pour des petits riens. Il n’a pas le choix. Alors que tous font la sourde oreille à sa demande légitime de vivre avec les siens, sous son propre toit.

Mais avec sa maladie, l’autonomie le quitte. Démuni, il entre en solitude. Perdu en son royaume, il erre, le crâne nu.

 

Ce livre est un cri sur le désarroi des familles confrontées à une terrible maladie. Les politiques avaient connaissance du vieillissement de la population. Ils n’ont pas anticipé la prise en charge. Il n’y a pas assez de maisons de retraite. Des femmes et des hommes se retrouvent ainsi démunis, sur le plan matériel et psychologique, face à des situations humaines insoutenables.

 

Les malades d’Alzheimer sont, la plupart du temps, enfermés dans une forteresse. Placés de fait dans une prison sans barreau, leurs pleurs et leurs gémissements sourdent comme une plainte souterraine d’une société qui perd peu à peu son humanité.

 

 

Chapitre 1

 

L’ Accident

 

Lointaine, la sonnerie du téléphone retentit. Roberto l’écoute.

Le soleil au zénith l’aveugle. Il ne distingue plus très bien ce qui l’entoure. Le feuillage des arbres aligne des taches d’ombre sur la terre où les pensées ouvrent grand leurs corolles bariolées. Violettes, pourpres, jaunes, blanches et bleues étoilées, elles semblent avoir tête humaine. Muettes, elles l’observent, lui qui leur parle. Elles ne lui sont d’aucun secours, sourdes à ses plaintes.

Etendu sur le sol, Roberto essaie de récupérer la vue, avec ses lunettes qu’il pose sur l’arête de son nez, maladroitement. Il s’applique à regarder les choses. Mais, non, le trouble demeure. Il essaie de se relever ou du moins de s’asseoir sur la marche de l’escalier, que sa tête a heurtée, en plein sur l’arête, quand il a dégringolé de l’escabeau sur lequel il était perché, pour étêter le néflier planté sur la butte parsemée de pensées.

Ses pensées, Roberto a du mal à les orienter. Tout est confus. Seule la sonnerie, stridente. Dans un silence ordonné tout exprès pour l’entendre. 

Le mal lui remplit la tête, lancinant, et lui voile les yeux. Il suffoque et pourtant la chaleur de son corps le quitte. Le sang qui s’écoule de sa tête, il le sent étranger à son corps.

Il tend l’oreille. Qu’on lui parle ! Il est tout ouïe.

Roberto soulève son corps, vacillant sur ses jambes. Il s’approche de la sonnerie qui, soudain, se tait. Il s’arrête, pantelant, le souffle coupé. Il attend pour s’élancer dans la course. Il fait face à la porte d’entrée, prêt à bondir.

Appelez ! Appelez ! Ordonne-t-il dans une plainte.

Et à son ordre, la sonnerie répond.

Il projette tout son corps en avant, à l’instar d’un coureur de sprint. Il doit arriver dans les meilleurs temps et avant les autres ! Avant que les autres ne raccrochent définitivement !

Il pousse sur la porte comme on déplace les montagnes, se précipite sur le téléphone, le prend à pleines mains, conscient de saisir sa dernière chance.

Allô, Allô, Allô !…

Il ne sait plus ce qu’il doit dire ! Il craint d’être arrivé trop tard, seul au bout du fil. Il n’écoute pas. Il hurle son effroi dans un seul mot : allô !

 

Une voix lui parvient, forte et rassurante :

Allô, papa, qu’est-ce qu’il y a, ça ne va pas ?

Paulin a tout de suite le pressentiment d’un drame. Dans ces « allôs » lancés comme des SOS. Les propos de Roberto ne font que confirmer son appréhension.

- Paulin, Paulin, viens me chercher, je suis tombé, viens me chercher !

Mais Paulin est à Genève. Il se contracte à l’injonction de son père. Qu’est-il arrivé ?

- Papa, tu es tombé ?  Où tu as mal ? Où est maman ?

- Je suis tombé sur la tête dans les escaliers, maman n’est pas là, viens me chercher, Paulin, viens !

Son accent se fait suppliant, sa voix plus faible.

Paulin habite à Genève, il ne peut le rejoindre.

L’esprit de Roberto s’est embrumé.

La voix de Paulin est proche dans son oreille, elle va venir lui parler plus près encore. Dans les yeux de Roberto naît la certitude que Paulin est en route.

 

Paulin comprend qu’il doit agir vite. Il prévient aussitôt les pompiers, le médecin et Olga, sa mère.

Au bout du fil, cordon ombilical, Paulin porte Roberto en lui. Roberto est le fruit de ses entrailles. Paulin souffle en lui la vie. Il réchauffe de ses mots le corps et l’âme de son père. Il le prend contre lui, pour le bercer. Mais surtout qu’il ne s’endorme pas, qu’il l’écoute !

Olga, sa femme, va arriver, qu’il l’attende ! Oui, les pompiers aussi ! Qu’il les attende ! Roberto, ne m’attends pas, lui crie Paulin ! Je suis là, tu m’entends !

 

Ils attendent unis dans la même peur, celle de se perdre ! Accrochés l’un à l’autre, ils résistent, comme ils l’ont toujours fait, ensemble.

La sirène retentit comme un appel au secours.

Au secours, crie Roberto ! Sauvez-le, crie Paulin ! La prière du père et celle du fils ne font plus qu’une. Elles sont l’écho d’un même désir, celui qu’une vie perdure.

 

L’épanchement de sang dans le cerveau de Roberto lui laisse une cicatrice à vie intérieure et extérieure.

Roberto se réfugie alors quelques jours dans le coma.

Dans son voyage solitaire, il sent la chaleur de Paulin.

 

Cette chute comme la première marche d’un escalier de l’oubli que Roberto ne s’arrêterait pas de descendre.

 

 

 

 

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