Les 15 ans de Bérénice

Publié le par Editions Bérénice

 

En juillet 2010, les éditions Bérénice avaient 15 ans.

 

Quinze ans déjà ; que cela passe vite quinze ans… Je ne vais pas reprendre la chanson du poète… Le temps est une arme irréelle ! Il y a quinze années, une équipe d’amis a fondé l’association des éditions Bérénice, un collectif associatif loi 1901, qui n’a fonctionné qu’avec des bénévoles, et dont l’objectif était de défendre la création littéraire contemporaine dans tous les champs de la littérature.

Une association devenue rapidement suspecte car qu’est-ce qui pouvait motiver des trentenaires à travailler 18 heures par jour pour faire des livres, éditer de la poésie, des romans, des livres de nouvelles, des essais ? Sans argent, le pouvoir se résumant à effectuer le travail.

Mais 1995 reste la date noire dans l’histoire récente de la France, triste époque où feu François Mitterrand adoube Chirac au poste de Président de la République, et où un parti d’extrême droite commence à atteindre des sommets.

Dans la foulée du mouvement de décembre 1995, l’ère des collectifs tentait de dépasser l’action des partis officiels et des syndicats, plus motivés par l’intérêt et la lutte des castes que par l’intérêt général ou celui de la Nation…

Pour reprendre les termes de Cesare Pavese, la poésie est la forme imaginaire de la réalité. Nous nous sommes donc donnés pour objectif de faire de la politique autrement, par le biais de la culture, à notre humble niveau… nous inscrivant dans les pas de Gramsci, Pier Paolo Pasolini, Guy Debord… et en toute liberté !

 

Nous avons ainsi fait paraître 90 ouvrages, parrainés, dès notre premier livre de nouvelles collectif, L’air du temps, associant auteurs connus et inconnus, par André Chedid, Didier Daeninckx, Valère Staraselski, Alain Absire.

Andrée Chedid, dont la pièce Bérénice d’Egypte publiée au Seuil en 1963, a inspiré le nom de la maison d’édition ; Bérénice, héroïne de la littérature française, de Racine avec sa pièce Bérénice, à Aragon dont Bérénice est le personnage féminin emblématique du roman Aurélien, mais aussi Claude Simon avec La chevelure de Bérénice

 

Depuis, des cercles d’auteurs, d’amis se sont agglomérés pour faire vivre la maison, pour diffuser les livres, animer des salons, des soirées lecture, des débats… Plusieurs cercles se sont succédés depuis mais malgré les soucis, les attentes légitimes des auteurs, les différends, l’association existe toujours, grâce à la mutualisation des droits sur les livres parus, grâce à des soutiens réels de lecteurs, d’auteurs, créant une fédération d’individus, de sensibilités, qui ont porté des projets, des envies, des idées dans le seul objectif du plaisir de lire, de découvrir.

 

15 ans après, la maison existe toujours alors que tant de labels ou de revues ont disparu… Nous avons eu la chance d’avoir vu le roman de Chantal Portillo, La Femmepluie, obtenir le label attention talent FNAC en 1999 et le livre de Gilles Mazuir Toutes blessent la dernière tue le prix de la nouvelle de la SGDL en 2000.

 

Malgré les difficultés, les mesures prises pour éliminer les petits labels des grands réseaux de diffusion, l’augmentation exponentielle des tarifs postaux, les lecteurs nous ont accompagné et soutenu en achetant les livres durant toutes ces années.

 

En 2006, l’association s’est réorganisée en se recentrant sur la création poétique et théâtrale. Une nouvelle génération arrive et depuis Frédéric a créé ce blog qui nous permet d’exister sur la toile.

 

En 15 années, nous n’avons pas perdu notre âme ; nous sommes devenus plus vieux certainement, plus expérimentés assurément, moins virulents grâce à l’expérience acquise et à la vie qui coule doucement… Nous venons de perdre notre amie Mylène Martinez, secrétaire générale de l’association, des suites d’une longue maladie, comme on dit pudiquement, et c’est lors de ces événements que l’on peut mesurer la vacuité des choses terrestres… Mais je reste convaincu que la parution de livres rend leurs auteurs immortels !

 

Pour ma part, je n’ai rien oublié, les soutiens fraternels de Francis, Gilles, Valère, en 1997 et les longs mois des désastres qui suivirent ; je n’ai pas oublié la première rencontre avec Chantal Portillo, sa force, son envie, sa foi dans l’écrit, Pierre Meige et son talent fou de musicien, de soutien des populations bannies, son courage et sa ferveur aussi. Gilles et son humour décapant. Christian Vallery et sa prose poétique hallucinante… autant d’auteurs, autant de désastres personnels, d’expressions sensibles qui donnent un monde extraordinaire à voir et à penser.

Et Thierry Renard, le poète et l’infatigable militant de la cause poétique. Dresser la liste de tous serait fastidieux mais tous ces hommes et ces femmes ont construit petit à petit, humblement, discrètement les éditions Bérénice, avec Françoise Rachmuhl, Stéphane Padovani, William Radet, l’immense Paul Desalmand…

 

A l’heure où le désespoir est au coin de la rue, où la solitude pèse de plus en plus, je veux saluer ici l’ère des solidarités, grâce à l’art et la culture. Certes, il n’y a pas de champion du monde de la nouvelle ou du poème, ni d’auteurs qui vivent des rentes de leurs œuvres… et alors ? Et si la principale richesse n’était pas celle de conquérir cette nouvelle frontière, de rencontrer partout en France, en Europe et dans le monde des lecteurs que l’on ne croisera certainement jamais, mais que l’on rencontre grâce au livre, à l’écrit… et grâce à ce blog ?

 

La saison 2 des éditions Bérénice a démarré en septembre dernier par l’édition de plusieurs livres avec la création de la Collection Elan, soutenue par le Conseil régional d’Ile-de-France. Ce mécénat nous a permis de publier deux pièces de théâtre, 3164 : Monologue d’un bourreau de Bernhard Setzwein, La fin des haricots Opéra bouffe d’Eléonore Bovon, deux livres de poésie avec Ton demi mot d’Eugen Popin dans une triple traductions de l’allemand, du roumain et du français, Qui après nous vivez d’Arnaud de Montjoye, et un livre de poèmes/chansons de Claude Gobet Chorale. Que la région et ses services culturels en soient ici vivement remerciés.

 

Une ère nouvelle commence. Bérénice est toujours là, grâce à notre maquettiste Brice Beauprêtre présent depuis toujours, notre illustratrice Annie Maurer, et n’en déplaise aux aigris, aux installés, à ceux qui ont porté la confusion dans le champ politique, notre espoir nous a conservé notre jeunesse !

Andrée Chedid fait dire à Bérénice d’Egypte : Ensemble, tout sera possible. Ensemble, nous mettrons ce peuple debout.

Jamais notre mot d’ordre n’a été autant d’actualité.

15 ans déjà : l’avenir nous attend !

 

Le Directeur de collection,

Jean-Michel Platier

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