R.Arditti : Sarkophonie, polémique, censure

Publié le par Editions Bérénice

Sarko/cacophonie de la DRAC Rhône Alpes

Lettre ouverte


Par un courriel du 3 mars 2011, la DRAC Rhône-Alpes nous a fait part de sa « perplexité » quant à la programmation et au mode de financement de l’événement Jouer sur les mots, programmé le 16 mars 2011 à Grenoble dans cadre de l’action Dis-moi dix mots qui nous relient du Ministère de la Culture (dans le cadre de la Semaine de la Francophonie). Sont mises en cause l’absence de sources de financement autres que la DRAC, et la programmation d'un spectacle considéré comme « à charge contre le président de la république », intitulé Sarkophonie.


Jouer sur les mots a été conçu autour des liens entretenus entre langue légitime et langue populaire dans l’espace public, à l’écrit comme à l’oral. Forte de 10 ans de programmation d’arts de rue, et résolument tournée vers les pratiques d’éducation populaire, l’association Festiv’Arts a donc souhaité organiser un événement investissant la rue, et incitant à la participation du public à travers différents ateliers et spectacles issus de pratiques artistiques amateures et professionnelles (graff’, sérigraphie, conte, slam, théâtre…). Notre événement se veut donc un espace d’expression citoyen, au travers de différents actes créateurs engagés ou non, tous choisis pour leur qualité et leur pertinence au regard de la thématique de l’événement.

Le dossier déposé à la DRAC Rhône-Alpes en décembre 2010 faisait état des grandes lignes du projet, et a reçu approbation en janvier 2011. L’organisation avance depuis lors. Mais le document rendu au 15 février, présentant une programmation arrêtée et un budget prévisionnel, semble avoir provoqué la désapprobation de l’administration, nous demandant « plus de sérieux » si nous souhaitons « son soutien ». Cette mise en garde nous est parvenue deux semaines avant la date de l’événement Jouer sur les mots, nous obligeant à réagir dans l’urgence. Un délais d’action aussi court remet en question le déroulement de l'événement : il nous est impossible de garantir d'autres sources de financement à si court terme, et l’annulation seule du spectacle Sarkophonie est inenvisageable.

Dans ces conditions, nous prenons la décision d'annuler l'évènement.

L’incertitude, à deux semaines de l’événement, d’avoir accès à la subvention de la DRAC Rhône-Alpes met en danger le déroulement de l’événement, et remet en question la possibilité de rémunérer l’ensemble des artistes intervenants, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Face à cette situation, deux possibilités : faire jouer les artistes bénévolement, ou demander une participation financière au public. Or, dans la construction de notre projet, la subvention de la DRAC permettait tout à la fois de garantir un salaire à chaque artiste, et un accès gratuit à cet événement culturel à tous les piétons du centre ville de Grenoble.

Nous refusons de compter sur le bénévolat des artistes et techniciens, dans un système où les structures reconnues (« légitimes ») sont les seules financées, avec toujours plus de difficultés pour les structures nouvelles ou alternatives, et pour l'ensemble des artistes/techniciens du spectacle vivant français à vivre dans des conditions dignes. De même, bon nombre des évènements organisés par l’association Festiv’Arts sont gratuits (ou à prix libre), permettant au plus grand nombre d’avoir accès à des formes de culture et de spectacles variés. Jouer sur les mots devait prendre place dans le cadre de la semaine de la Francophonie dont la plupart des actions sont destinées à des publics d’initiés. Nous sommes désolés de constater qu’une initiative culturelle citoyenne, visant à sortir lange et littérature de leur carcan traditionnel pour les confronter à l’espace public, ne puisse pas y trouver sa place.

La seconde raison de cette annulation tient dans le refus de renoncer à programmer le spectacle Sarkophonie. Cet « objet non identifié », comme le nomme la DRAC, est un spectacle professionnel de qualité ayant fait ses preuves à Avignon, à Aurillac, et dans différentes salles parisiennes. Il ne s’agissait donc pas, pour reprendre les mots de la DRAC, de « demander au Ministère de la Culture de financer n’importe quoi ».

Outre que ce spectacle prenne une dimension particulièrement importante dans la problématique de notre événement (jeu sur la langue, ses déformations, sa compréhension), il nous paraît intolérable de le faire disparaître de notre programmation en raison de son contenu politique, car c’est bien son contenu qui a suscité la réaction de la DRAC : contenu « à charge contre le président de la république ».

Nous nous refusons à plier sous une mise en garde liée au contenu d’un spectacle. La rue est un espace d'expression libre : il nous semble intolérable de se voir confisquer ce droit à la parole.

 

L’association Festiv’Arts.

Conception et suivi de projet :

Auriane Faure,

faureauriane@yahoo.fr,

06.87.23.79.33

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article