Thierry Renard

Publié le par Editions Bérénice

Mon œuvre encore inachevée

« Lisez-moi, parfois… »

 

« Les Juifs ont un ami, pourtant : le démocrate. Mais c’est un piètre défenseur. Sans doute il proclame que tous les hommes sont égaux en droits, sans doute il a fondé la Ligue des droits de l’homme. Mais ses déclarations mêmes montrent la faiblesse de sa position. Il a choisi une fois pour toutes, au XVIIIe siècle, l’esprit d’analyse. »

Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive.

 

Pour le blog qu’il a créé, mon ami Jean-Michel Platier me demande une présentation de chacun de mes titres parus à l’enseigne des éditions Bérénice. Certes, il y eut ces livres, à mes yeux nécessaires, pour ne pas dire vitaux, mais il y eut aussi quelques autres textes, épars, publiés dans plusieurs ouvrages collectifs ou des anthologies. Les éditions Bérénice ont beaucoup compté pour moi, et elles comptent encore aujourd’hui, même si le temps, qui passe sur nous, a fini par se lasser et par, un peu, nous désunir…

 Mes mérites ne sont sans doute pas très nombreux, mais la fidélité est l’un d’entre eux. J’éprouve, cependant, un certain nombre de difficultés à vraiment séparer l’ensemble de mes textes publiés. En effet, ces derniers s’organisent en un tout cohérent, malgré ce qui les différencie et qui est, le plus souvent, uniquement formel. Il n’est jamais simple de se clarifier, de venir à bout de ses contradictions et de ses tracasseries quotidiennes, de surtout rendre plus visibles, voire lisibles, ses rêves et ses utopies. C’est bien, cependant, la tâche à laquelle je m’emploie depuis déjà longtemps.

 

Mon premier livre ici fut L’Injustice commence là (1998), un volume en deux parties, l’une composée de poèmes, l’autre proposant une assez longue prose. Cet ouvrage tient lieu de manifeste et se partage entre souvenirs réels, images de la société de notre temps, moments d’une histoire personnelle et récente, investigation morale, érotisme amoureux et, même, affligeante banalité. Ce livre, pour moi, a ouvert la voie. Il est né d’une urgence insatisfaite.

Ensuite, ce fut le tour de L’Espérance récompensée (2000), autre titre en vers, et surtout en prose, agrémenté de nombreux récits autobiographiques. Là, je livre un dernier et vain combat : le sauvetage de l'équipée des éditions Paroles d’aube. Et je chante, aussi, tout mon amour de vivre. C’est un ouvrage têtu, et qui réaffirme, malgré les plus viles blessures, les échecs et les humiliations de toutes sortes, mon inébranlable foi en l’homme.

Mon troisième opuscule est véritablement tiré d’un « feuilleton radiophonique », Citoyen Robespierre (2004), et puise ses sources dans les coulisses de la Révolution française. Dans cet essai, j’ai pris pour cible principale la vie et l’œuvre de Maximilien de Robespierre, tout en essayant d’élargir le champ des possibles et de rétablir une certaine vérité. J’ai, peut-être, simplement voulu me rapprocher, au plus près, de la réalité.

J’en viens à mon quatrième recueil chez Bérénice ; il s’agit d’un ouvrage à plusieurs mains et à trois voix, Chaman (2004), écrit en collaboration, donc, avec Bernard Giusti et Jean-Michel Platier lui-même. C’est une courte suite de poèmes qui parcourent le monde, tout en le faisant et le défaisant à la fois. La part spirituelle est sauve, elle aussi, malgré l’absence et le silence des dieux. Nous menons souvent deux vies dedans nos vies

Autre ouvrage, encore, Seule la révolution fait le beau temps, sous-titré Tombeau de monsieur Guy Debord (2005). Là, nous ne sommes pas seulement dans l’hommage, nous bousculons aussi les habitudes et les idées reçues. Une manière d’adresse à l’ennemi, pareillement — à l’adversaire, en tout cas. Pour finir, un bilan plutôt négatif de ces temps troublés… Un chant, pourtant, un hymne, immense, à l’ardeur de vivre, à l’enthousiasme et à la passion.

Dernier livre publié, maintenant. Sans doute le plus risqué et le plus maladroit, Neptune Mambo (2006). Composé de poèmes écrits pour être dits, ou chantés, à voix haute, cet ouvrage est aussi pourvu de dessins d’Annie Maurer et de collages de Sonia Viel. Mais pourquoi parler de maladresse ? Parce que les vers ici reproduits traduisent une autre façon de dépeindre le monde qui nous entoure, bien plus fragile, certes, mais également bien plus sonore. Une façon singulière et rebelle !

 

Il y eut d’autres livres, je l’ai dit. D’autres expériences collectives, affectives, amoureuses, indociles ou insoumises… Mes dix années, passées au sein de l’écurie des éditions Bérénice, m’ont comblé. Bien sûr, l’amitié continue, elle s’explique tout bonnement autrement. Bien sûr, les éditions poursuivent leur route. Et, bien sûr, d’autres projets naîtront de toutes ces fructueuses rencontres. En ce moment, j’agite d’autres couvercles, je chasse d’autres chimères et j’anime d’autres débats. Je suis mes chemins. Mais je demeure, cependant, un actualiste convaincu.

Je garde en moi, pour mes livres publiés chez Bérénice, un amour énorme. Ce sont des êtres de chair et de sang, des êtres, encore, d’encre et de papier. J’aime ces morceaux choisis et vivants, bien plus vivants à mon goût que certains autres êtres vivants.

J’aime cet élan sur la page, qui ne m’as pas quitté.

J’aime la justice et la liberté. Et je suis profondément égalitaire.

Lisez mes livres, vous vous reconnaîtrez !

 

Lisez-moi, parfois…

Et, comme disait l’autre, il faut attendre que le sucre fonde… Cela au moins nous apprend ce qu’est la durée.

 

Thierry Renard

 

[Le dimanche 16 mai 2010, Saint-Julien-Molin-Molette]

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